Prédication pour le 11ème dimanche après la Trinité:

Éphésiens 2/4-10

 

Chers amis, il y a quelques années, le monde publiait un dessin de Plantu, le caricaturiste qui alimente les pages du quotidien. C'était à l'occasion d'une réflexion sur la communication entre les êtres humains. On y voyait un homme qui déclarait : "Parlez-moi de moi, il n'y a que cela qui m'intéresse !" Il abordait par là toute la question de la communication de proximité. Mais à bien y réfléchir, il décrit aussi, par cette petite phrase bien sentie, il décrit un des travers de l'âme humaine. Parce que cette petite phrase décrit l'égoïsme, l'égocentrisme humain. Il n'y a que moi qui m'intéresse ! Je pourrais maintenant vous citer l'exemple de ce couple âgé, avec ses bobos de tout ordre, auquel je racontais la souffrance d'une famille nombreuse dont la mère venait de décéder à la suite d'une transplantation rénale trop tardive, ce couple qui m'a répondu, à ma grande surprise. "Ce n'est rien, monsieur le pasteur, mais mes douleurs sont insupportables." Insupportable, l'égoïsme humain. Je pense que chacun d'entre vous connait cela.

Mais cela existe aussi dans l'autre sens, si je peux l'exprimer ainsi. Le brave jardinier, qui grâce à son savoir, et son travail, a les plus grosses tomates, les plus belles salades, les meilleurs choux, et les plus juteuses limaces dans son jardin. C'est cet autre qui a la plus belle des voitures, en oubliant que 1 million d'autres automobilistes ont la même. Cela ne fait rien, c'est la sienne la meilleure, une exception dans la production en série. Cela existe pour la plus belle des maisons, aujourd'hui la plus économiques, les plus beaux des enfants ou petits-enfants, voire même la plus belle femme et le meilleur mari.

Le drame, voyez-vous, c'est que les chrétiens n'échappent pas à ce défaut. Il est bien présent dans tous les aspects de notre foi. Pour les uns, c'est leur engagement qui est le meilleur, leur charité la plus grande, leur amour le plus fort. Pour les autres, ceux qui ont compris l'enseignement luthérien, c'est leur foi qui est la plus forte, leur conviction la plus inébranlable.

Le malheur, dans toutes ces affirmations, c'est que l'autre, les autres, passent toujours au second plan, voire disparaissent complètement : Parlez-moi de moi. Il n'y a que cela qui m'intéresse !

 

L'apôtre Paul réagit à cela, dans la lettre aux Éphésiens. Il réagit, parce que cette manière de vivre et de penser devait déjà être présente dans l'Église des premiers pas. Il réagit parce que l'égoïsme est un travers fondamental et constitutif de l'âme humaine. Et voilà donc ce qu'il écrit aux chrétiens de la ville d'Ephèse :

Dieu est riche en pitié et il nous aime d’un grand amour.

C’est pourquoi, à nous qui étions morts à cause de nos fautes, il nous a donné la vie avec le Christ. Oui, vous êtes sauvés grâce à la bonté de Dieu.

Avec le Christ Jésus, il nous a réveillés de la mort et avec lui encore, il nous a fait asseoir dans les cieux.

Ainsi, en montrant sa bonté pour nous dans le Christ Jésus, Dieu a voulu prouver pour toujours la richesse extraordinaire de ses bienfaits.

En effet, vous êtes sauvés grâce à la bonté de Dieu, et parce que vous croyez. Cela ne vient pas de vous, c’est Dieu qui vous donne le salut.

Ce salut ne vient pas de vos actions à vous, donc personne ne peut se vanter !

Oui, c’est Dieu qui nous a faits. Il nous a créés dans le Christ Jésus pour que nous menions une vie riche en actions bonnes. Et ces actions, Dieu les a préparées pour que nous les fassions.

 

En d'autres termes, Paul explique aux chrétiens de l'époque, et à nous aujourd'hui, que cela ne sert à rien de répéter sans cesse : Parlez-moi de moi. Il n'y a que cela qui m'intéresse ! Cela marche peut-être devant les hommes, et encore. Mais cela ne marche jamais devant Dieu. L'argumentation égoïste ne fonctionne pas devant le Seigneur. Parce que, explique Paul, ce qui fait le fondement de notre foi ne vient pas de nous, c'est un don de Dieu. Et donc, déduction logique, aucun d'entre nous ne peut de vanter de sa foi, ou de ses certitudes puisque tout est don de Dieu.

Je vous propose de jeter un petit coup d'œil sur ces dons de Dieu, gracieusement offerts par le Seigneur…

 

Le premier des cadeaux de Dieu s'appelle le pardon. À nous qui étions morts à cause de nos fautes, il nous a donné la vie avec le Christ. C'est le fondement de notre foi. Le Christ est venu. Il a donné son message d'amour. Il a donné sa vie sur la croix pour le pardon des péchés. Cela veut dire simplement que Dieu n'attend plus de l'homme qu'il construise son pardon. Dieu n'attend plus de l'homme un quelconque sacrifice. Dieu n'attend en fin de compte plus rien de l'homme. Avant toute chose, il lui offre son pardon. C'est ce que nous affirmons dans le baptême.  Car le baptême, c'est l'annonce de l'amour de Dieu, qui est premier dans notre vie. Avant toutes choses, avant même que nous soyons en mesure de savoir ce qui est bien et ce qui est mal, Dieu déclare son amour. Et cet amour de Dieu est allé jusqu'à la croix. Pour le pardon des péchés. Qu'avons-nous à produire en échange ? Rien, absolument rien. Dieu aime, un point c'est tout. Pas de flagellation, pas de mortification, pas de bonnes œuvres. Dieu aime, un point c'est tout. C'était cela la grande découverte de la Réforme, la grande redécouverte, car Paul n'affirmait rien d'autre dans ses écrits et dans ses prédications. Oui, vous êtes sauvés grâce à la bonté de Dieu.

 

Le second cadeau, c'est la vie éternelle. Avec le Christ Jésus, il nous a réveillés de la mort. À quoi peut bien servir le pardon des péchés, s'il n'aboutit pas à une promesse plus grande encore, plus incroyable encore. La promesse de Dieu, c'est la résurrection des morts. Le Christ est venu. Il a donné son message d'amour. Il a donné sa vie sur la croix pour le pardon des péchés. Et le Christ est revenu de la mort à la vie par la résurrection. Cela veut dire que Dieu offre en plus du pardon des péchés, une vie après la mort. Et Dieu n'attend toujours rien. C'est toujours cadeau. L'homme, la créature humaine, n'a rien à apporter. D'ailleurs, que pourrait-elle apporter en échange d'un cadeau aussi magnifique que le pardon et la vie éternelle ? Rien n'a autant de valeur. Avec le Christ Jésus, il nous a réveillés de la mort. Parce que la résurrection du Christ n'est pas un fait unique. La résurrection, c'est le premier pas de la créature humaine vers Dieu, vers Dieu dans son éternité. Qu'avons-nous à produire en échange ? Qu'en est-il de nos œuvres, de notre foi, de nos certitudes ? Dieu donne la vie, un point c'est tout. Et l'homme n'est pas capable de l'arracher aux mains de Dieu, par quelque moyen que ce soit. Vous êtes sauvés grâce à la bonté de Dieu.

 

Le troisième cadeau, c'est la gloire éternelle.  Avec le Christ Jésus, il nous a fait asseoir dans les cieux. Cette gloire, c'est celle que les disciples ont pu entrevoir sur les flancs de la montagne lors de la Transfiguration. C'est certainement la plus belle des promesses de Dieu, la gloire auprès de lui. Le livre de l'Apocalypse en parle abondement de cette gloire promise à ceux qui auront été fidèles jusqu'au bout. Ce qui importe à Dieu, c'est la restauration de l'état initial de la création, celle que l'humanité a pu connaitre un court, un très court instant dans le jardin d'Eden, dans le paradis terrestre. Le cadeau que Dieu désire faire à ses créatures, c'est la gloire initiale auprès de lui, auprès de lui dans les cieux, dans le Royaume. D'une certaine manière, Dieu intervient par Jésus-Christ pour restaurer l'harmonie, la paix, le shalom auquel il aspire depuis le début, l'harmonie pour laquelle l'homme a été crée.

 

Je me pose alors une question. Si tout est gratuit, pourquoi tous nos cultes, toutes nos louanges ? S'il n'y a plus rien à faire ? Vous êtes sauvés grâce à la bonté de Dieu, et parce que vous croyez. Cela ne vient pas de vous, c’est Dieu qui vous donne le salut. C'est là qu'intervient la dimension de la foi. Notre salut dépend de la confiance que nous apportons à ce Dieu qui nous aime jusqu'à la mort sur la croix, à ce Dieu qui traverse la mort pour notre vie, à ce Dieu qui offre sa gloire pour notre gloire. C’est par la grâce que vous êtes sauvés au moyen de la foi. Cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu.

Alors je m'imagine ce jour où nous nous retrouverons tous devant le trône de Dieu pour ce moment que nous redoutons tous, à savoir le jour du jugement.  Est-ce que nous oserons nous approcher de Dieu et lui dire : Parle-moi de moi. Il n'y a que cela qui m'intéresse. Et alors, que va-t-il nous dire ? Moi je pense plutôt qu'il nous retournera notre phrase et qu'il nous dira : Parle-moi de toi. Il n'y a que cela qui m'intéresse. Et nous serons bien mal en point alors. Parce que là-haut, nous ne pourrons que répondre : C’est par la grâce que nous sommes sauvés au moyen de la foi. Cela ne vient pas de nous, c’est ton don à toi, mon Dieu.