Prédication pour le dimanche Laetare :

2 Corinthiens 1/3-7

 

L'autre jour, la télévision diffusait un match de football. Et comme cela arrive régulièrement dans un match de football, il y a eu un vainqueur et un vaincu, un gagnant et un perdant, qui plus est dans la situation, un qualifié et un éliminé. Et comme cela se passe souvent dans ces cas-là, les caméras de la télévision balayent les travées du stade pour capter la joie ou la tristesse des supporters. Je vous passe la joie, elle est exubérante, débridée, voire totalement déplacée. Je voudrais m'arrêter un peu sur la tristesse, faire un gros plan sur les supporters déçus. Il y en a qui s'en vont, en faisant simplement triste mine. Mais il y en a d'autres qui restent prostrés, assis contre un mur en train de pleurer à chaudes larmes. Ils sont totalement inconsolables. Le monde, leur monde vient de s'écrouler. Il ne sert à rien de les raisonner dans ce cas-là, en leur disant qu'il y a certainement des choses plus importantes dans la vie. Rien n'y fait. Pour eux, c'était le plus important.

Si je me suis permis cette image, c'est que je crois qu'elle s'applique aussi dans nos vies, et j'oserai même dire, dans nos vies de chrétiens. Exubérants quand tout va bien, parfois même à l'extrême, au plus profond de la dépression quand quelque chose ne tourne pas rond dans leur petit monde de chrétiens. Loin de moi de porter un jugement sur les uns ou sur les autres, j'en fais partie. Loin de moi de formuler des critiques, je devrais alors commencer par me critiquer moi-même. La seule chose que je me permettrai ce matin, c'est d'ouvrir la Bible, la Parole de notre Dieu, pour donner une parole de consolation, une parole d'encouragement. Une parole qui permet de se remettre debout, une parole qui permet de repartir et de reprendre la vie. Une parole de renaissance, de résurrection. L'apôtre Paul nous en offre une, ce matin, dans la 2ème lettre aux Corinthiens, dans les salutations qu'il adresse à ses amis :

Rendons gloire à Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus–Christ ! Il est le Père plein de bonté et le Dieu qui nous encourage toujours. Il nous donne du courage dans toutes nos souffrances. Ainsi, il nous rend capables d’encourager tous ceux qui souffrent, et nous leur donnons le courage que nous–mêmes, nous recevons de Dieu.

En effet, comme nous participons aux nombreuses souffrances du Christ, de la même façon, nous recevons beaucoup d’encouragements par le Christ.

Si nous souffrons, c’est pour vous encourager et pour que vous soyez sauvés. Si nous sommes encouragés, c’est pour vous encourager à supporter les mêmes souffrances que nous.

Nous sommes vraiment pleins de confiance quand nous pensons à vous. En effet, vous participez à nos souffrances, mais nous le savons, vous participez en même temps à l’encouragement que nous recevons.

Manifestement, cette communauté à Corinthe était en train de vivre des circonstances difficiles, des événements de nature à décourager, à démobiliser les chrétiens. D'où cette parole, dans laquelle le "nous", c'est l'apôtre Paul et les amis qui l'entourent, et le "vous", ce sont les Corinthiens dans leur contexte difficile. Si nous souffrons, c’est pour vous encourager et pour que vous soyez sauvés. Si nous sommes encouragés, c’est pour vous encourager à supporter les mêmes souffrances que nous.

 

Mais il y a, dans ce passage, un verset qui demande un peu plus d'explications que les autres, qui sont relativement évidents à comprendre. À un moment donné de sa démonstration, Paul lâche cette phrase un peu énigmatique : comme nous participons aux nombreuses souffrances du Christ, de la même façon, nous recevons beaucoup d’encouragements par le Christ.

 

1er constat : le Christ a souffert. Ce n'est pas une nouveauté pour les chrétiens. Mais il est toujours bon de se le rappeler. Le Christ a souffert. L'envoyé de Dieu, le Messie, le Fils de Dieu a souffert. Énoncé de cette manière, cela a quelque chose de choquant, n'est-ce pas ? Comment cela peut-il être possible que le Christ, le Messie, l'envoyé de Dieu, l'oint de Dieu, le Fils de Dieu puisse souffrir ? Et pourquoi cette souffrance ? Ne vous inquiétez pas, Paul va le rappeler à la communauté de Corinthe, et il va leur préciser le pourquoi et le sens des souffrances du Christ, dans toute la lettre qu'il leur adresse. Faut-l revenir là-dessus ? Que le Christ est mort sur la croix pour racheter les péchés des hommes ? Pour réconcilier l'humanité entière avec Dieu ? Pour conclure une dernière et éternelle alliance entre Dieu et les hommes ? Faut-il rappeler que la croix est le signe de cette alliance nouvelle ? Faut-il rappeler à ce moment un des versets essentiels de l'Évangile : Oui, Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique. Ainsi, tous ceux qui croient en lui ne se perdront pas loin de Dieu, mais ils vivront avec lui pour toujours. Le pourquoi et le pour qui des souffrances du Christ nous est clair. Même s'il ne l'est pas pour tout le monde.

 

2ème constat : Le chrétien souffre avec le Christ. Il suffit d'ouvrir les journaux cette semaine pour se rendre compte qu'il n'est pas facile d'être chrétien aujourd'hui, dans certains pays. Violence ethnique et religieuse au Nigéria, près de 500 morts, presque exclusivement des chrétiens. Églises fermées en Iran et en Irak, chrétiens chassés et brimés, voire agressés et tués. Missionnaires expulsés du Maroc et communautés dissoutes. La liste est longue, elle évoque aussi les chrétiens en Chine, ou en Indonésie.

Le chrétien souffre avec le Christ. Il suffit de jeter un œil sur nos sociétés dites évoluées. La vie telle qu'elle se déroule devant nous est loin de répondre aux critères que lui fixe l'Évangile. La jungle du monde économique, les injustices sociales, le dérèglement moral, la déliquescence de la cellule familiale, tout cela nous éloigne plus de l'Évangile que cela nous en rapproche. Un chrétien ne souffre-t-il pas de cet état de fait.

Le chrétien souffre avec le Christ, parce que le Christ a souffert les violences des hommes. Les événements du Vendredi-Saint en témoignent. Le Christ a souffert en voyant la société de l'époque oublier les valeurs les plus fondamentales de la Parole de Dieu. Certaines paraboles, comme celle du bon Samaritain, ou celle de la pauvre veuve, en témoignent. Et d'une certaine manière, le Christ souffre encore aujourd'hui quand il constate ce que les hommes ont fait de son Évangile, de sa bonne nouvelle. Et que les Églises fassent leur mea culpa. Elles ont été les premières à pervertir le message du Christ.

 

3ème constat : Le Christ est source d'encouragement pour le chrétien. Ce constat est un peu déroutant, car, comment le Christ, mort sur la croix après d'innombrables et d'innommables souffrances peut-il être une source d'encouragement pour ceux et celles qui souffrent dans le monde ? Peut-être bien parce que la croix du Christ sans la résurrection n'aurait aucun sens. Ce qui donne son sens à la croix, c'est que le Christ a vaincu cette mort qui est venu le rejoindre sur la croix. Il l'a vaincu, d'une manière définitive, une fois pour toutes comme le dit l'épitre aux Hébreux. Savoir que les souffrances du Christ, avant et sur la croix, ont trouvé leur résolution, leur épanouissement dans la victoire de Pâques ne peut être qu'encourageant pour toutes celles et tous ceux qui souffrent à cause de leur foi martyrisée ou bafouée. Le Christ est mort pour les hommes, il est mort pour nous. Et de la même manière, il est ressuscité pour les hommes, il est ressuscité pour nous. Cela veut simplement dire que les souffrances ne sont pas un aboutissement, mais simplement un passage, comme la mort n'est pas un aboutissement, mais uniquement un passage vers l'éternité de Dieu. Ce que cela induit pour nous, pour moi, c'est un déplacement de notre regard. Là où il se posait sur nos souffrances, de quelque ordre qu'elles soient, là où notre regard se posait sur nos souffrances, l'Évangile nous invite à déplacer notre regard vers la tombe vide, signe de la vie, déplacer nos regards vers les promesses de l'éternité. Cela, vous le savez, c'est la démarche de la foi. C'est le même Paul qui l'écrit aux amis de Rome : la souffrance rend patient, et quand quelqu’un est patient, il reste fidèle malgré les difficultés. Celui qui est fidèle garde l’espérance, et cette espérance ne trompe pas.

 

4ème et dernier constat : Encouragé par la croix et la tombe vide, le chrétien que nous sommes ne peut que transmettre ces encouragements à toutes celles et à tous ceux qu'il rencontre. C'est le sens de l'invitation du Christ à nous mettre en route vers les autres. Ce que Dieu nous a donné dans sa grande générosité, je devrais dire dans son grand amour, nous ne pouvons le garder pour nous-mêmes. Ce message d'espérance, celui du pardon de nos péchés et la promesse de la vie éternelle, nous ne pouvons les garder pour nous-mêmes. Une si bonne nouvelle, cet Évangile se doit d'être partagée par le plus grand nombre. C'est l'invitation, l'exhortation que le Christ donne à ses amis au moment de les quitter : faites de toutes les nations mes disciples en leur enseignant à garder tout ce que je vous ai commandé. C'est ce que Paul met en pratique quand il écrit aux chrétiens de Corinthe : Dieu nous rend capables d’encourager tous ceux qui souffrent, et nous leur donnons le courage que nous–mêmes, nous recevons de lui.

Alors aujourd'hui, dans la souffrance ou dans l'espérance, pour nous-mêmes ou pour les autres, confiants ou dans le doute, il ne nous reste plus qu'à nous remettre à Dieu. Et je vous propose de le faire en chantant ensemble : À Dieu seul j'abandonne ma vie te ma personne, mes projets et mes vœux. …