Prédication pour le dimanche Oculi
Le roi Akab raconte à Jézabel, sa femme, tout ce qu’Élie a fait,
et comment il a fait tuer tous les prophètes de Baal. Alors Jézabel envoie un
messager dire à Élie : " Demain, à cette heure–ci,
j’espère que je t’aurai traité comme tu as traité tous ces prophètes. Sinon,
que les dieux me punissent très sévèrement !"
Élie a peur et il
s’enfuit avec son serviteur pour sauver sa vie. Il arrive à Berchéba,
dans le royaume de Juda. Il laisse son serviteur à cet endroit, puis il marche
pendant une journée dans le désert. Il s’assoit sous un petit arbre. Il a envie
de mourir et il dit : "Maintenant, Seigneur, c’est trop ! Prends
ma vie ! Je ne suis pas meilleur que mes ancêtres."
Ensuite, il se couche
sous le petit arbre et il s’endort. Mais un ange vient le toucher et lui
dit : "Lève–toi et mange !"
Élie regarde :
près de sa tête, il y a une galette cuite sur des pierres chauffées et un pot
d’eau. Il mange, il boit et se couche de nouveau.
Une deuxième fois,
l’ange du Seigneur vient le toucher. Il lui dit : "Lève–toi et mange, car tu dois faire un très long
voyage."
Élie se lève, il mange
et boit. Cette nourriture lui donne des forces. Alors il marche 40 jours et 40
nuits jusqu’à l’Horeb, la montagne de Dieu.
S'il y a un personnage de la Bible
que j'affectionne parmi quels autres, c'est bien Élie. Quel bonhomme, ce Élie ! Il m'étonnera toujours. Et quand je me pose la
question pourquoi j'aime bien ce bonhomme, la réponse me vient assez
spontanément à l'esprit.
J'aime Élie, parce qu'il est un
homme. Vraiment, plus homme que lui, cela ne doit pas exister. Il est homme
avec ses passions et ses fougues, ses coups de gueule et ses accès de
tendresse. Il est homme par ses forces, mais aussi par ses faiblesses. Il est
homme par ses enthousiasmes et aussi ses dépressions. Il est homme avec sa foi
à toute épreuve et son doute gros comme une montagne. Il est homme avec son
courage, il est homme avec ses peurs. Il est un homme comme vous et moi. Il
nous ressemble tellement, Élie. Il me ressemble, et c'est cela que je l'aime et
qu'il est un des personnes les plus attachants de la Bible. Et l'histoire que
nous venons d'entendre est certainement celle qui révèle le plus l'humanité
d'Élie.
Reprenons un peu l'histoire, si vous
le voulez bien : Élie vient de passer par le fil de l'épée 450 prophètes du
dieu Baal et 400 prêtres de la déesse Achéra.
Tellement nombreux que leur sang a dévalé le torrent du Quishôn.
Il vient de les trucider parce que son Dieu, le Dieu d'Abraham et des
patriarches a allumé le bucher du sacrifice qui lui était destiné, alors que
les 850 autres s'escrimaient à faire prendre un feu qui n'a jamais pris. Et
Dieu vient de prouver ainsi qu'il est le seul et
l'unique. C'est à ce moment-là que se situe notre texte d'aujourd'hui.
Élie est déprimé. Voilà le premier
trait de caractère d'Élie qui nous apparait dans cette histoire. On se demande
bien pourquoi, il est déprimé. Il vient de recevoir un signe remarquable de
Dieu, quand Dieu a allumé le bucher préparé par Élie. Il vient, on ne sait pas
trop comment, de trucider 850 personnes au fond d'un ravin. Et voilà qu'il se
met à trembler devant les imprécations d'une femme, une véritable peste, soit
dit en passant. À croire que les hommes ne lui font pas peur, mais les femmes,
il les craint par-dessus tout. Il s'est incliné devant la veuve de Sarepta quand elle l'a rendu responsable de la mort de son
fils. Il s'effondre devant Jézabel, quand elle se met à le menacer. Il est
terrorisé, au point de fuir dans le désert. Il fuit et il est tétanisé par la
peur au point de vouloir mourir : Maintenant,
Seigneur, c’est trop ! Prends ma vie ! Je ne suis pas meilleur que
mes ancêtres. D'une certaine manière, il est en plein doute. Il doute de Dieu, et de sa
capacité à le sauver des griffes de Jézabel. Incroyable, ce doute,
inimaginable. Alors que Dieu vient de lui prouver sa puissance, lui, Élie, il
doute !
En cela, il est profondément humain. Je me reconnais bien
dans ce Élie-là. Et je reconnais bon nombre de
chrétiens dans ce Élie. Jour après jour, Dieu nous
inonde de ses bénédictions, Dieu nous prouve sa puissance, Dieu intervient dans
notre vie. Puis, quand survient le moindre petit problème, le moindre petit
souci, tout s'effondre. Au point de fuir la communauté, au point de fuir les
frères et les sœurs, au point même parfois de vouloir mourir. Je me reconnais
bien, et je suis sûr que vous aussi, vous arrivez à vous reconnaitre dans ce Élie-là. Courageux, puis déprimé jusqu'au fond du trou.
Élie a la mémoire courte. Il fuit dans le désert, loin des
hommes et des bruits de la foule, loin des imprécations de Jézabel. Il fuit
aussi dans l'inactivité, puisque le récit biblique nous dit de
Élie, qu'après avoir marché une journée entière, et dit au Seigneur
qu'il voulait mourir : il se couche sous
le petit arbre et il s’endort. En faisant cela, il me rappelle un autre
prophète qui, lui aussi, a fui devant les ordres de Dieu. Mais au lieu de fuir
dans le désert de sable et de pierres, l'autre est parti sur le désert d'eau de
la grande mer. Élie estime tout d'un coup qu'il n'est pas de taille à remplir
la mission de Dieu. En fait, il estime que par ses propres forces, il n'y
parviendra pas. Et c'est bien juste, tout cela. Mais il oublie, Élie.
Brusquement il est atteint d'amnésie. Il a oublié les corbeaux, la cruche
remplie et la jarre qui ne se tarit pas. Il a oublié l'enfant de la veuve qui
revit dans ses bras. Il a oublié l'autel du Carmel. Il a oublié la pluie qui
est tombée sur la plaine. Il a oublié de regarder vers Dieu. La peur le fait
soudain tourner son regard vers lui-même. Et du coup, il en oublie tout le
reste. Et ainsi, il n'a plus rien d'autre à faire que d'attendre. Attendre la
mort, puisque c'est ce qu'il souhaite.
Cette mémoire courte, très courte même, je crois que nous
la connaissons tous. Les ennuis, les soucis, les difficultés, la maladie, voire
le deuil font des trous dans notre mémoire. Des trous de mémoire. Des amnésies,
au point d'oublier qui nous sommes. Et si je vous posais la question
aujourd'hui : qui sommes-nous ? Que me répondrez-vous
? Et pourtant, nous le savons, depuis notre baptême : Nous sommes les enfants que Dieu aime ! Eh oui, c'est même marqué
sur le mur, sur la banderole. Et si nous sommes les enfants que Dieu aime,
pensez-vous vraiment qu'il va nous laisser nous noyer dans nos ennuis, nos
soucis, nous difficultés, nos maladies et nos deuils ? À mon père qui pleurait
et se lamentait sur son sort après le décès de ma mère, j'ai simplement répondu
qu'il devait cesser de se lamenter sur lui-même, et cesser de regretter ce
qu'il n'a plus pour pouvoir remercier pour tout ce qu'il a reçu. Il m'en a
toujours voulu de lui avoir dit cela. Son deuil lui avait fait oublier les
bénédictions reçus.
Si Élie a la mémoire courte, Dieu, lui, ne l'a pas. Bien au
contraire. Il ne va pas laisser mourir Élie sous son petit arbre dans le
désert. Il lui envoie un ange avec un repas chaud. Oh, Élie n'est pas fou, et
il n'a pas totalement envie de mourir, non plus. Puisqu'il mange et il boit.
Mais il se recouche aussi. Il va mieux mourir le ventre plein que le ventre
vide. Comme certains disent qu'il vaut mieux mourir en bonne santé. Je vous
l'ai dit, Dieu n'a pas la mémoire courte : Élie a droit à un deuxième service
après son somme réparateur. C'est maintenant que Dieu décide à nouveau
d'intervenir d'une manière énergique dans la vie de Élie. Lève–toi et mange, car tu dois faire un très long voyage. En quelque sorte,
Dieu dit à Élie qu'il a encore besoin de lui, qu'il compte encore sur lui, et
que lui, Dieu, n'en a rien à faire des imprécations d'une bonne femme,
fusse-t-elle reine et s'appeler Jézabel.
Ce qui est merveilleux dans cet extrait, c'est la suite du
récit. Pourquoi Dieu insiste-t-il tellement auprès de Élie
? Élie va donc se mettre en route, 40 jours et 40 nuits, nous dit le texte,
avant d'arriver sur la montagne sainte pour une rencontre exceptionnelle que
seul moïse a vécu avant lui. Excusez du peu. Élie va rencontrer Dieu. Et va lui
faire la plus surprenante des déclarations d'amour : Seigneur, Dieu de l'univers, j'ai pour toi un amour brûlant… Ensuite
Dieu va le remettre en route pour une dernière mission, celle de désigner son
successeur qui sera Élisée. On est loin, voyez-vous, du misérable Élie qui
voulait mourir sous le petit arbre dans le désert.
C'est aussi ainsi que le Seigneur veut intervenir dans nos amnésies, dans
les trous de notre mémoire. D'abord, il appelle. Et il ne fait pas de
distinction. Il appelle et il restaure. Déjà Moïse le déclarait dans le livre
du Deutéronome : L’homme ne vit pas de
pain seulement, mais l’homme vit de tout ce qui sort de la bouche du Seigneur.
À savoir la Parole de Dieu. C'est aujourd'hui la nourriture qui nous est
proposée dans nos doutes, et nos dépressions, dans toutes nos amnésies, quand
nous oublions al présence de Dieu dans notre vie. Et permettez-moi de vous
l'affirmer aujourd'hui : comme Élie, Dieu a des projets pour chacun d'entre
nous et sa Parole qu'il nous donne doit nous remettre sur pieds, parce qu'il
veut nous faire voir sa gloire. C'est dans cet esprit que nous pouvons
comprendre l'invitation de Jésus : Suis-moi
! En fait, le projet de Dieu, le
plan de Dieu, c'est de faire passer les enfants qu'il aime de la nuit vers la
lumière, afin que chacun d'entre nous puisse affirmer comme Élie : Seigneur, j'ai pour toi un amour brûlant…