Message du 6 juillet 2008 à Graffenstaden
7ème dim ap Trinité (A la table du Seigneur) 6ème Série
Jean 17, 15-21 ;
Actes 2, 42-47
Jésus
au moment de quitter ses
disciples adresse cette prière à Dieu : 20 « Je ne prie
pas seulement pour eux, mais aussi pour ceux qui croiront en moi grâce à leur
message. 21 Je prie pour que tous soient un. Père, qu'ils soient unis à nous,
comme toi tu es uni à moi et moi à toi. Qu'ils soient un pour que le monde
croie que tu m'as envoyé. 22 Je leur ai donné la gloire que tu m'as donnée,
pour qu'ils soient un comme toi et moi nous sommes un. 23 Je vis en eux, tu vis
en moi ; c'est ainsi qu'ils pourront être parfaitement un, afin que le
monde reconnaisse que tu m'as envoyé et que tu les aimes comme tu m'aimes.
Chers frères et
sœurs, chers amis,
De plus en
plus, on voit dans notre occident chrétien l’émergence d’un christianisme
individualiste. Les chrétiens ne veulent être redevables à personne. Ils
préfèrent être indépendants, ils n’ont pas besoin de l’Eglise ou de tout autre
groupe chrétien. Ils ne s’assemblent qu’avec ceux qui leur ressemblent et
souvent ils en viennent au point d’avoir leur religion « privée » ou
« leur Jésus ». Ils ont été contaminés par l’individualisme forcené
prévalant dans nos sociétés et la plupart du temps ils ne s’en rendent même pas
compte.
L’une des
grandes richesses de l’Eglise, c’est sa diversité.Nous
sommes ce matin une assemblée composée de personnes venant de divers horizons
ecclésiastiques ou théologiques. Il y a parmi nous des gens de gauche et des
gens de droite. Il y a ceux qui aiment la louange contemporaine et ceux qui ne
supportent que les cantiques traditionnels. Certains aiment à taper dans les
mains ou lever les bras, et d’autres sont mal à l’aise quand on leur demande de
serrer la main à leur voisin. Nous avons des gens aisés et d’autres qui sont
plus pauvres ; nous en avons qui sont bardés de diplômes universitaires et
d’autres qui ont quitté l’école très tôt ; nous sommes même de nationalités
et de races différentes. C’est cela qui rend l’Eglise si merveilleuse et
attrayante à mes yeux, mais c’est aussi ce qui est source de difficultés. Les
problèmes surgissent parce ce que l’un des groupes cherche à imposer sa façon
de voir aux autres. Nous devons apprendre à vivre ensemble et à nous aimer les
uns les autres dans notre diversité remarquable.
J’aimerais que
nous réfléchissions ce matin à ce que cela signifie de vivre dans une
communauté chrétienne, faire partie de la famille de Dieu.
Et la première
chose que j’aimerais relever, c’est quela communauté c’est
l’unité dans l’amour.
La communauté
est d’ailleurs la contraction de deux mots : commune et unité… La
communauté c’est donc vivre dans l’unité. L’unité est très importante dans les
enseignements de Jésus et dans toute l’Ecriture. Ecoutez par exemple ce que la
Bible dit dans Romains 15 v.5 : « Que Dieu, la source de la patience et du réconfort, vous
rende capables de vivre en bon accord les uns avec les autres en suivant
l'exemple de Jésus-Christ ». Et Paul écrit aux Ephésiens (4, 3) :
« Efforcez-vous de maintenir l'unité que donne l'Esprit Saint par la paix
qui vous lie les uns aux autres ». Il ajoutait que les dons de l’Esprit
étaient donnés pour rendre « le peuple de Dieu apte à accomplir son
service, pour faire croître le corps du Christ. De cette façon, nous
parviendrons tous ensemble à l'unité de la foi dans la connaissance du Fils de
Dieu ; nous deviendrons des adultes dont le développement atteindra à la
stature parfaite du Christ » (Eph. 4, 12-13). Il
dressa la liste des valeurs de foi et ajouta (Col. 3,14) : « Et
par-dessus tout, mettez l'amour, ce lien qui vous permettra d'être parfaitement
unis ».
Le facteur
distinctif de l’Eglise ce n’est pas que nous ayons exactement la même croyance,
mais que nous soyons unis dans l’amour. Ce n’est pas que la doctrine ne soit
pas importante : elle l’est. Il est essentiel que nous soyons d’accord sur
les affirmations principales de notre foi, en l’occurrence luthérienne. Mais il
me semble plus important qu’en tant que disciples du Christ, nous nous aimions
les uns les autres plutôt que de penser tous la même chose. Jean dit :
« Mes chers amis,
aimons-nous les uns les autres, car l'amour vient de Dieu. Quiconque aime est
enfant de Dieu et connaît Dieu.Celui qui n'aime pas
ne connaît pas Dieu, car Dieu est amour » (1 Jean 4, 7-8).
L’idée prévaut qu’il faut être
d’accord sur tout pour rester ensemble et s’aimer les uns les autres. Par le
passé (et même actuellement), des églises se sont divisées sur des points
absurdes et inimaginables. Chez les Mennonites on trouve ainsi par exemple les
tenants des boutons pression (« Heftler »)
et les partisans des boutons traditionnels (« Knepfler ») ;
chez les Darbystes, vous avez les « Frères larges » plus tolérants,
et les « Frères étroits » plus fondamentalistes…
C’était là aussi le grand défi
auquel était confronté l’apôtre Paul alors qu’il suscitait des église partout
où il passait. Parce qu’elles étaient composées de gens différents, ces églises
avaient toujours des problèmes. En fait, la plupart des lettres que Paul a
écrites aux églises témoignent des problèmes et des conflits qui leur étaient
inhérents. Il n’y a jamais eu d’église parfaite, et il n’y en aura jamais…
Dites-vous bien ça ! Dites-vous aussi que si vous deviez trouver une
église parfaite et que vous avez envie d’en faire partie, elle ne sera plus
parfaite !
La prière de Jésus pour l’Eglise,
c’est qu’elle soit unie par l’amour : «Je prie pour que tous soient un.
Père, qu'ils soient unis à nous, comme toi tu es uni à moi et moi à toi. Qu'ils
soient un pour que le monde croie que tu m'as envoyé…Je vis en eux, tu vis en
moi ; c'est ainsi qu'ils pourront être parfaitement un, afin que le monde
reconnaisse que tu m'as envoyé… » (Jean 17, 20-23).
Le but de notre unité, c’est que le
monde croie que le message de Jésus est vrai.
-
si nous n’aimons que les personnes avec qui nous sommes d’accord, alors
nous n’avons pas compris grand chose à l’amour de Jésus. Il a aimé toutes
sortes de personnes bizarres, antipathiques, pécheresses…
-
si nous n’aimons que les gens qui nous ressemblent, alors
nous n’avons rien saisi de l’amour de la croix…
-
si nous ne pouvons aimer des personnes imparfaites, alors
nous ne savons que peu de chose de l’amour inconditionnel de Jésus…
-
si nous ne pouvons pas aimer les gens différents de nous,
nous ne pouvons que nous aimer nous-mêmes…
-
si nous ne pouvons aimer que ceux qui pensent comme nous,
croient comme nous et ont le même « look » que nous, alors nous ne
sommes pas vraiment disciples du Christ.
Sa prière
c’était (et c’est toujours) que nous soyons unis – uns dans l’unité et dans
l’amour. La famille de Dieu doit être un endroit où l’on peut être authentique
et vrai. C’est un endroit où on se pardonne les uns aux autres et où l’on
rencontre des amitiés profondes et durables. La famille de Dieu devrait être un
lieu de liberté et non de jugement ou de condamnation. Si vous lisez les
évangiles vous constaterez que Jésus critiquait davantage le comportement
hypocrite des religieux de l’époque que celui des pécheurs.
Le second point
que j’aimerais développer est le suivant : la communauté garde nos yeuxfixés sur Jésus.
Si vous
regardez aux personnes,si vous vous confiez en l’homme, vous serez à coup sûr déçus. N’en
soyez pas surpris. Si vous voulez uniquement bien faire et être juste, alors
votre regard n’est pas fixé sur Jésus, mais vous avez placé la justice au dessus
des relations humaines. La Bible dit : « Gardons les yeux fixés sur Jésus,
dont notre foi dépend du commencement à la fin. Il a accepté de mourir sur la
croix, sans tenir compte de la honte attachée à une telle mort, parce qu'il
avait en vue la joie qui lui était réservée ; et maintenant il siège à la
droite du trône de Dieu » Hébreux 12, 2).
Souvent on cherche quelque chose de
faux, quelque chose à critiquer ou quelque chose de négatif chez l’autre plutôt
que de garder les yeux fixés sur Jésus.
Nous sommes plusieurs pasteurs ou
étudiants en théologie ce matin dans cette église. Si nous nous retrouvions
pour discuter autour de nos options théologiques, on aurait beaucoup de mal à
s’entendre. J’ai toujours laissé libre
cours à mes étudiants en théologie ;
je n’ai pas cherché à les retenir, mais j’ai préféré qu’ils aient chacun leur
propre parcours. Je suis heureux de leur parcours, même s’il n’est pas
identique au mien, sachant que Dieu les utilise là où ils les a placés pour
l’avancement de son règne. Il me semble
plus important de préserver la collégialité et l’amitié entre nous. Jésus
privilégiait particulièrement la convivialité ; il aimait à se retrouver
autour d’une table ; il avait le souci de la relation humaine. Et regarder à lui, c’est tout simplement
faire comme lui : privilégier la rencontre avec l’autre, même s’il pense
différemment, faire un bout de chemin ensemble, rester vrai et simple, en toute
occasion respecter l’autre… Dans notre projet de paroisse ici à Graffenstaden,
cet aspect est rendu par la phrase suivante : nous voulons bâtir ici à
Graffenstaden une communauté vivante et fraternelle, où chacun puisse se sentir
chez lui, aimé et respecté…
Le troisième point de mon propos, je
le trouve inscrit dans l’épître de ce dimanche (Actes 2, 42-47) et que nous a
lu tout à l’heure Henri : La
communauté est caractérisée par un certain style de vie.
Depuis que je suis pasteur je rêve
d’une église comme celle de Jérusalem ou d’Antioche : une église
solidaire, une église missionnaire, une église où Dieu lui-même est à l’œuvre
par des actes puissants, une église où l’on s’accepte les uns les autres, où on
s’écoute, où on s’entraide et où on s’aime vraiment.On
retrouve d’ailleurs dans ces communautés primitives la préoccupation initiale
de vivre l’unité dans l’amour.
Je disais : je rêve d’une telle
église… Car la réalité est toute différente, bien sûr. Dans les paroisses, et
la nôtre ne fait pas exception, il y a des problèmes et des conflits qui nous
rendent la vie difficile. Mais il n’y a pas là de quoi se décourager. La plupart
des écrits de Paul aux communautés primitives font état de tensions et de déviations, de faux comportements et pourtant
l’apôtre les louentparce qu’elles sont vivantes et
que leur foi est exemplaire. L’un n’empêche pas l’autre ; je dirais même
que là où il existe des conflits et des tensions c’est un signe de bonne santé.
A la condition cependant de rester dans l’Esprit : de cultiver ce style de
vie basé sur le respect, la tolérance, la solidarité et l’entraide, l’unité et
la communion fraternelle, bref et en un
mot : sur l’amour, la vertu cardinale par excellence.
En
conclusion je dirais :
malgré les difficultés, les pièges et
les écueils, les retours de manivelle, les obstacles et les difficultés,
continuons à construire cette communauté vivante et fraternelle après laquelle
nous soupirons. Ne nous laissons pas
décourager par les problèmes que nous rencontrons, mais essayons de les
résoudre dans l’amour. Persévérons ! Gardons en point de mire l’objectif,
le but que nous nous sommes fixé. Essayons de croître dans l’unité et d‘exaucer
ainsi la prière de Jésus : qu’ils soient un afin que le monde croie… AMEN